Passeurs et reveurs de mots - Entre deux secondes de Thomas Yvart

24 juin 2026 - 08:00 - 9 vues
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Un claquement de doigts. Et le monde s'arrête. Les passants figés, les voitures suspendues, une goutte de pluie qui hésite à tomber. Seul un homme avance dans cette seconde devenue éternité.
Voilà l'idée folle qui ouvre Entre deux secondes, le premier roman de Thomas Yvart. Un récit de science-fiction qui prend pour point de départ un fantasme ancien, arrêter le temps, pour en tirer une fable morale d'une vraie ampleur.
Au commencement, il y a Anton Keller. Neurobiologiste rejeté de l'université, retiré dans un village perché de la Côte d'Azur, Sainte-Agnès, entre ciel et Méditerranée. Là, dans le silence des ruelles pavées, il découvre par hasard ce que personne n'aurait dû découvrir. Il peut figer la durée. La plier. La remonter. Et avec ce pouvoir, une question s'installe en lui, brûlante : que faire d'un don pareil ?
De l'autre côté du miroir, il y a Henri Valmont. Inspecteur parisien, cigarette au coin des lèvres, vieille Lancia récalcitrante, et au fond du tiroir, un article de journal jauni sur la mort de sa petite fille Clara. Un homme usé par sa propre obstination. Un flic qui n'a jamais cessé de chercher.
Entre eux, le duel se noue. Pas un duel d'action, un duel de convictions. Anton se rêve juge, il veut purifier le monde en éliminant ceux qu'aucun tribunal n'inquiétera jamais. Valmont, lui, défend une autre justice, plus lente, plus imparfaite, mais plus humaine.
Thomas Yvart construit son roman en deux voix qui se répondent, chapitre après chapitre, jusqu'à se rejoindre dans un face-à-face qui est le sommet du livre. L'écriture va à l'essentiel. Les dialogues claquent. Et certaines images restent longtemps après la lecture, cette foule humaine pétrifiée en pleine fête, ce vieillard que personne ne reconnaît au pied d'un arbre, ce masque grec posé sur un homme ordinaire.
Mais le vrai sujet du roman n'est ni le pouvoir ni le crime. C'est la tentation. Celle qui frappe quiconque pense détenir la vérité. Et le prix qu'il faut payer pour s'en croire le gardien.
Un premier roman ambitieux, qui ose poser des questions très contemporaines sur la justice expéditive, sur l'écologie, sur ce qu'une civilisation est prête à sacrifier pour espérer renaître. Pour un premier roman, le souffle est là, et le projet tient debout.
Entre deux secondes, de Thomas Yvart, un premier roman qui prend le temps de penser.

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