Passeurs et reveurs de mots - Culotte et cocaïne de Pierre Guilbert,

22 juillet 2026 - 08:00 - 19 vues
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Mauricie, Québec. Une forêt qui s'étend à perte de vue. Une auberge perdue au bout d'un chemin de terre. Et puis un soir, tout déboule en même temps.

Trois petites frappes mal dégrossies. Deux familles mafieuses sicilo-québécoises. Un passeur de drogue trop innocent pour son métier. Un policier fétichiste de petites culottes. Une prostituée en fuite. Une ourse facétieuse qui pousse les voitures embourbées. Et au milieu, une vieille dame en tablier, qui taille tranquillement ses rosiers.

Voilà le décor de Culotte et Cocaïne, le premier roman publié de Pierre Guilbert, paru aux Éditions Academia.

Cent trente-trois chapitres. Certains tiennent en deux lignes. D'autres en quatre pages. La caméra saute d'un personnage à l'autre, et la mécanique fonctionne comme un mécanisme d'horloge déréglé. On bascule, on revient, on s'égare, et l'imbroglio se resserre.

Ce qui frappe d'abord, c'est la langue. Guilbert a passé du temps avec un complice québécois, et ça s'entend. Les répliques claquent, les jurons fusent en tabarnak, le sicilien des parrains se mêle au parler de la Mauricie. On entend les voix. On les distingue. Chaque personnage a son grain, sa musique, ses chicots qui s'agitent ou son cool Man qui revient comme un tic.

Et puis il y a le sens de la scène. Un commissariat où une grande petite culotte devient pièce à conviction. Une cour où s'alignent quinze fusils en cric crac. Un duel entre deux vieux padrini qui s'écharpent depuis cinquante ans sur une erreur de table de multiplication. On rit franchement. Le burlesque tient, la mécanique respire, l'absurde devient une forme de lucidité.

Sous la farce, une vraie réflexion affleure. Sur le pouvoir. Sur la mémoire. Sur l'art du mensonge. La vieille dame en tablier, Rachel, se révèle peu à peu la véritable maîtresse de cérémonie. Elle reprend la main, et tout le monde s'incline.

Le livre est long. Parfois la machine s'essouffle un peu. Mais Guilbert sait conduire vingt personnages sans lâcher le fil, et c'est un savoir-faire rare.

Voilà un auteur qui le confesse lui-même : il avait une dizaine de romans qui dormaient dans son cloud, sans lecteur. Aujourd'hui, enfin, il sort de l'ombre. Et il sort avec panache.

Culotte et Cocaïne. Pierre Guilbert. Éditions Academia. Une comédie chorale enlevée, drôle, généreuse. Un premier livre qui en annonce, on l'espère, beaucoup d'autres.

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